Saint Martin le Beau par Robert Ranjard

In La Touraine Archéologique, 1930

Le nom de cette commune rappelle l’échec des Normands devant Tours, en 903. Après avoir brulé Amboise et Bléré, ceux-ci vinrent assiéger la ville de Tours du côté de midi. Une brèche qu’ils réussirent à pratiquer dans la muraille allait leur livrer la cité, quand l’archevêque et les clercs eurent l’idée de porter processionnellement sur cette brèche la châsse de Saint Martin. A cette vue les normands furent pris de terreur et s’enfuirent poursuivis par les assiégés. Un dernier combat s’engagea à quatre lieues de Tours, et sur le champ de bataille on éleva plus tard une église qu’on appela Sanctus Martinus belli ou Sanctus Martinus de bello, d’où vint le nom de Saint-Martin-le-Bel, puis Saint-Martin-le-Beau.

L’église actuelle qui a remplacé cette chapelle primitive est un édifice du XIIe siècle, composée alors d’une nef flanquée d’un clocher et continuée par un chœur, qui fut agrandi au XVIe siècle de deux nefs et d’une chapelle latérale. Dans la façade occidentale s’ouvre une porte de plein cintre, très restaurée dans le style du XIIe siècle, sans qu’on puisse savoir la fidélité de cette restauration à la porte primitive.

La nef principale, divisée en trois travées et couverte d’une fausse voûte en berceau, aboutit à une abside semi-circulaire, éclairée par quatre fenêtres en plein cintre accostées de colonnettes et couverte d’une voûte soutenue par dix branches d’ogives profilées d’un tore et retombant sur des culots.

Les deux nefs latérales sont inégales et datent du XVIe siècle. Celle du nord a la longueur totale de l’église. Elle est divisée en quatre travées. Couverte en charpente jusqu’au siècle dernier, elle a reçu une voûte de brique qui, construite très en dessous de la charpente, a diminué considérablement la hauteur de la nef. Dans ce collatéral on remarque une Pietà de pierre du début du XVIe siècle, et la plaque funéraire en marbre de dame Marie-Louise de Iambourg, veuve de Hubert de Scourion, décédée au château de Cangé le 4 juin 1766.

La nef latérale méridionale, un peu plus ancienne, n’a que deux travées et est limitée à l’est au droit du chœur. Sa voûte est en brique et moderne. Un couloir plafonné, ménagé à la base du clocher, la relie à une chapelle édifiée en 1518 au sud du chœur et voûtée sur une croisée d’ogives retombant sur des culots.

Le clocher carré et trapu est du XIIe siècle. L’étage du beffroi présente sur ses faces une arcature de trois formes en plein cintre aveugle.

On voir à Saint-Martin-le-Beau plusieurs maisons anciennes, dont la plus intéressante date de la Renaissance et fut construite par Michel Estève. Cet édifice est composé d’un rez-de-chaussée, d’un étage et d’un comble. La façade offre sur la rue, en bas une grande et une petite fenêtre, une porte, et dans un carré, une t^te de bœuf en haut relief. Au premier étage une fenêtre à meneaux flanquée de pilastres s’ouvre sur deux panneaux décorés sans doute autrefois de bas-reliefs. Enfin au dessus de la fenêtre du comble se voit un saint Michel terrassant le dragon.

Mosny est un manoir de la fin du XVIe siècle, très modernisé.