La Croix en Touraine par Robert Ranjrad
In La Touraine Archéologique, 1930
La Croix, dite encore La Croix-de-Bléré, a d’abord porté le nom de S. Quintinus ante Blireium. Ce n’est qu’au XIIIe siècle, dans une charte de Marmoutier, qu’on voit cette localité désignée pour la première fois sous le terme de Crux de Blereio, d’où dérive son appellation actuelle.
Jusqu’au XIVe siècle, elle ne fut qu’un simple hébergement. Par la suite elle devint une châtellenie puis une baronnie relevant de l’archevêché de Tours. Guillaume de Sainte-Maure, vivant vers 1250, en fut le premier seigneur connu. Le fief passa au XIVe siècle dans la maison de Maillé, puis vers 1446 fut acquis par Pierre Bérard, dans la famille de qui il resta jusqu’en 1678. A cette date la terre fut achetée par Étienne Guillerault. Elle fut héritée au début du XVIIIe siècle par la famille Lorin.
L’église de La Croix est placée sous le vocable de saint Quentin et date du XIIe siècle. A une simple nef couverte en charpente et précédée d’un porche également en charpente, font suite un transept et un chœur. La croisée du transept, dont les quatre arcades sont en arc brisé très aigu, est couverte d’une voûte sur ogives à moulures prismatiques, qui est une reprise du XVe ou du XVIe siècle. Les croisillons sont voûtés en berceau brisé. Chaque croisillon est accompagné d’une absidiole composée d’une travée droite voûtée d’un berceau brisé et d’une travée semi-circulaire voûtée en cul-de-four.Le croisillon méridional est relié à l’ouest par une arcade en plein cintre à une chapelle ajoutée au XVe ou au XVIe siècle, communiquant également avec la nef et voûtée sur ogives à moulures prismatiques. Le chœur, d’une travée voûtée en berceau brisé, est suivi d’une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four, séparée de lui par un gros doubleau sans mouluration et éclairée par trois fenêtres en plein cintre. Ce chœur communique latéralement avec les travées droites des absidioles.
Extérieurement on remarque le clocher surmontant le carré du transept. C’est une tour octogonale aux pans inégaux percés de petites fenêtres en plein cintre très archaïques aux claveaux de briques plates, et surmontée d’une courte flèche en charpente. A noter aussi les détails du chevet, la ligne de modillons grotesques supportant la corniche de l’abside, qui est butée entre ses fenêtres par deux contre-forts-colonnes, aux chapiteaux ornés de crochets.
Dans le mobilier, il faut noter une Pietà en pierre peinte du XVe siècle.
Le château de Paradis, situé sur la commune de La Croix, est un ancien fief qui relevait de la seigneurie des Cartes. Le domaine appartenait à la fin du XVe siècle à la famille de Odeau, et le château fut probablement construit alors par Hélie 1er de Odeau, dont les descendants restèrent propriétaires jusqu’en 1639. La terre passa par la suite aux de Fremont, aux de Malvaut, le Roy, Chateigner et de la Mardelle. En 1767 le Paradis fut acquis par le duc de Choiseul qui reconstruisit en partie le château, en fit une annexe de Chanteloup et le donna en 1782 à son intendant Ambroise Ribot. Celui-ci le conserva jusqu’à la Révolution.
Le château de Hélie de Odeau se composait d’un corps de bâtiment qui existe encore et d’une aile en retour d’équerre vers le nord, à l’est. Cette aile fut surélevée et agrandie, puis prolongée au nord et au sud, par Choiseul.
La porte d’entrée de la cour est surmontée d’armoiries, fixées secondairement et qui sont celles d’Elie de Odeau. Une fuye cylindrique date du XVIe siècle.