Francueil par Robert Ranjard
in La Touraine Archéologique, 1930
Francueil, Francolium au XIIe siècle, constituait un fief qui appartenait au XIIe à la famille Marques. En 1274 Guillaume Marques en fit don aux religieux de Montoussan. Par la suite il fut réuni au domaine de Chenonceaux.
L’église de Francueil, dédiée à saint Thibault, fut d’abord placée sous le vocable de Notre-Dame. Sa nef peut être datée du XIe siècle, mais elle a été remaniée au XVIe et réparée en 1728. De l’époque primitive ne subsiste qu’une partie de la muraille méridionale dont on distingue le parement de moellons et qui est percée d’une porte en plein cintre à deux rouleaux retombant sur les chapiteaux à feuillages et volutes de colonnes engagées. La façade occidentale a eu sa porte refaite au XVIe siècle. Celle-ci est en arc surbaissé et son archivolte retombe sur deux culs-de-lampe décorés de personnages aujourd’hui mutilés.
Au nord de la nef s’ouvre la chapelle seigneuriale ajoutée au XVe sicle, probablement par Adrien de Hodon, seigneur des Houdes en 1468. Elle est voûtée sur une croisée d’ogives s’insérant directement dans les fûts de colonnettes engagées dans les angles. Elle communique à l’est avec une autre chapelle plus petite correspondant à la base de l’ancien clocher aujourd’hui démoli et qui est également voûtée sur croisée d’ogives à moulures prismatiques. On y remarque une statue de saint Barbe.
L’église a été prolongée à l’est, au XVIe siècle, d’un chœur et d’une abside plus importants et qui ont remplacé le chœur et l’abside du XIe. Le chœur comprend deux travées voûtées chacune sur croisée d’ogives et lierne longitudinale. Les ogives et doubleaux retombent sur des culs-de-lampe, sauf au nord de la première travée où ils s’insèrent directement dans la muraille de l’ancien clocher disparu. Chaque travée est éclairée au midi par une grande baie flamboyante. L’abside est à cinq pans. Elle est éclairée par cinq grandes fenêtres à remplage flamboyant et voûtée sur six ogives. La clef de voûte porte un blason meublé de trois crosses sur champ d’azur.
Au midi de l’église s’élève le prieuré que possédait à Francueil l’abbaye de Villeloin. Ce monastère était également propriétaire de l’église au XIIe siècle. La façade méridionale de ce logis du XVe a été modernisée, mais sa façade septentrionale est restée à peu près intacte et a conservée sa tour octogonale d’escalier ouverte à son rez-de-chaussée d’une porte en arc surbaissé.
Non loin de l’église également subsiste une autre maison du XVe siècle, en grande partie modernisée, dont la façade nord est accompagnée d’une tour polygonale.
A peu de distance au nord de Francueil, entre le village et le cher, se trouve le château des Ouldes ou des Houdes, désigné sous le nom de Hosdes en 1282. Propriété en 1282 d’Alise, dame de Pauliac, il appartenait en 1431 à Guillaume Marques. Pierre Marques le vendit en 1468 à Adam de Hodon, qui le céda à son tour à Jacques de Beaune-Semblançay pour Thomas Bohier, constructeur de Chenonceaux. En 1535, Antoine Bohier dut le vendre à François 1er et Henri II le donna, en 1547, à Diane de Poitiers. Dès cette époque, le domaine fut incorporé à celui de Chenonceaux. Catherine de Médicis y installa une magnanerie et une filature de soie.
Le château a été édifié par Thomas Bohier. Très restauré, le corps de logis est élevé d’un rez-de-chaussée et d’un comble éclairé par des lucarnes à gâble triangulaire. La façade sud est accompagnée d’une tour polygonale contenant une vis de pierre. A l’intérieur on voit une cheminée très restaurée. Le château était fortifié. De l’enceinte, subsistent deux tours cylindriques d’angle. Dans celle de l’ouest on remarque une double cheminée assez curieuse, qui fut altérée par la création d’un four. Dans celle de l’est fut installée une chapelle comme en témoignent deux petites niches. Le crènelage qui réunit ces tours est une fantaisie moderne qui a remplacé la courtine dont on distingue encore l’arrachement. Dans le jardin a subsisté l’ancien puits dont la margelle est en ruine.