Civray de Touraine par Robert Ranjard
in La Touraine Archéologique, 1930
Civray tire son nom d’une villa, Severiacum Villa, qui appartenait au VIe siècle à saint Germain, évêque de Paris. Plus tard, ce domaine fit partie des propriétés de la maison d’Amboise. Confisqué par la couronne sur Louis d’Amboise, en 1431, il fut cédé à divers seigneurs à titre d’engagement ou d’usufruit. Henri, duc d’Anjou et de Touraine, le racheta en 1571. Au XVIIe siècle cette terre appartint à Françoise de Lorraine, puis à César de Vendôme. Ensuite, et jusqu’à la révolution, les seigneurs de Chenonceaux en furent propriétaires.
Le château de Civray, situé à l’est du village, est une construction du XVIIIe siècle, remaniée sous la Restauration et prolongée alors, à l’est et à l’ouest, par deux corps de bâtiment de moindre hauteur.
L’église de Civray aurait été fondée au VIe siècle, au temps de saint Germain. Déjà malheureusement avilie par une restauration moderne de sa façade qui fit disparaitre en 1861 la façade primitive et un baptistère carolingien, cette église eut à souffrir de la guerre en 1944 et fut alors gravement endommagée par la chute d’une bombe d’avion dans son voisinage immédiat. Elle est composée d’une nef et d’un transept datant du XIe siècle et d’un chœur du XIIIe terminé par un chevet plat. Le mur méridional de la nef et les murs du croisillon sud, parementés en petit appareil, sont ceux de l’église du XIe siècle. Celui de la nef a été exhaussé ou réparé à la partie supérieure au XIIIe siècle. Il est percé d’une petite fenêtre en plein cintre contemporaine de la construction et de deux fenêtres ouvertes au XVIe siècle. Le mur nord de la nef et les murs nord et ouest du croisillon septentrional, parementés de moellons plus grossiers, sont plus jeunes et peuvent être datés du XIIe siècle. Leur reconstruction a pu être motivée par un incendie. La porte en arc brisé à double rouleau perçant le mur nord fut ouverte au XIIIe siècle. Mais ce mur a conservé le clavage d’une porte en plein cintre primitive, dont le niveau correspond à celui d’une porte de même dessin qui ouvrait dans le croisillon sud, prouvant l’exhaussement du sol environnant.
La nef et le transept sont couverts en charpente.
Le chœur a remplacé au XIIIe siècle l’abside romane en même temps que furent refaits les murs orientaux des croisillons. Ce chœur a deux travées voûtées sur croisées d’ogives et liernes en style angevin. Le chevet plat est percé d’un triplet dont les baies étroites en arc brisé sont inégales, la médiane étant la plus haute. Ces fenêtres portent de belles verrières de la même époque, qui passent pour avoir d’abord appartenu à la chapelle de prieuré de Montoussan.
L’hôtel du Petit-Champ, occupé par la mairie et l’école, est un ancien manoir bâti par Diane de France, fille naturelle de Henri II. Il passa ensuite à Louis de Valois, duc d’Angoulême, qui le vendit à Charles d’Escoubleau, marquis d’Alluyes et de Sourdis. C’est une construction rectangulaire à comble élevé flanqué au milieu de sa façade occidentale d’une tour semi-cylindrique.
La terre des Cartes, ou Cartes du Paradis, était un ancien fief appartenant en 1421 à Pierre d’Amboise et qui par la suite fut la propriété de plusieurs familles dont celle des Marques et des Dupin de Chenonceaux.
Le château de Mesvres formait un fief relevant du château d’Amboise. Du XIIIe siècle au début du XVIIe, il appartint à la famille d’Argy. Il fut ensuite la propriété de Claude de Préville et passa par héritage aux Gigault de Bellefonds qui en étaient encore seigneurs en 1790.
A Mesvres subsistent des vestiges importants de la forteresse du XIIe siècle, constitués par d’épaisses murailles en « opus spicatum » et blocage, qui furent conservées et utilisées au XVe siècle lors de la reconstruction du château. L’ancienne façade, à l’est, a conservé une fenêtre en plein cintre. Du côté méridional se dresse un donjon carré, reconstruit à plusieurs époques comme en témoignent les reprises. La base date du XIIIe siècle, le sommet est du XVe. La porte en arc brisé, que remplace aujourd’hui une baie plus petite, était défendue par un pont-levis, comme l’indiquent les rainures ménagées dans le parement pour les bras du tablier, et par une bretèche qui a subsisté au haut de la façade. Le rez-de-chaussée est voûté d’un berceau. Au premier et deuxième étages, la salle est chauffée par une vaste cheminée dont le manteau est timbré du blason fascé d’or et d’azur, refait et repeint, qui est, avec une inexactitude dans le nombre des pièces, celui des d’Argy.
A l’est du donjon, la chapelle, dont la muraille méridionale date du XIIIe siècle, avec la trace d’une fenêtre en plein cintre, fut refaite au XVe, éclairée alors par des baies en tiers-point et couverte en charpente. Une cheminée prouve qu’elle fut utilisée pour l’habitation. Elle sert maintenant d’étable. A l’ouest de la tour on remarque une porte du XVIe siècle, avec fronton à coquille, qui a été conservée dans un bâtiment moderne. Au nord-est du château s’ouvre au bout d’une tranchée la porte en arc brisé de souterrains dont la profondeur donne, ainsi que les douves, une idée de l’étendue de la forteresse primitive. A la croisée de deux galeries perpendiculaires, la voûte est soutenue par une croisée d’ogives, œuvre du XIIIe siècle.
La Collégiale Saint-Martin, les Carmes et les Jacobins de Tours possédaient des métairies faisant partie du village de Mesvres.
La Grillonnière, ou Grisonnière, est une gentilhommière dont on voit, au nord de Civray, les bâtiments du XVIe siècle, en partie modernisés, flanqués à l’ouest de deux tourelles cylindriques à toit conique.