La Fanfare d’Athée sur Cher
Livre XVII
Une année mémorable
1899
A Nitray
Le premier Janvier 1899, fut marqué par une sortie de la Fanfare au Chateau de Nitray. Après avoir donner une aubade comme chaque année au domicile de M. le Maire, la Société se rendit vers trois heures, au chateau de Madame la baronne Liébert de Nitray pour lui offrir ses vœux et la remercier de sa cotisation annuelle.
Il faisait un temps plus que douteux, et deux fois les musiciens reçurent des averses. En arrivant au chateau ils furent félicités de leur courage, on les fit sécher par un grand feu qu’on alluma dans la lingerie, et là après un bon verre de vin blanc, et une légère collation, ils jouèrent quelques beaux morceaux de leur répertoire.
Sortie mouvementée
Ils revinrent à la nuit, la pluie avait cessé, le vent soufflait avec une telle violence que la palme et deux médailles tombèrent du drapeau sans que personne s’en aperçût, on ne les retrouva que le surlendemain, cette tempête semblait rendre impossible une rentrée en musique. Cependant, on alluma les torches avant d’entrer au bourg, et comme on y avait joint deux lanternes à acétylène, la fanfare traversa les rues au son d’un magnifique Pas-Redoublé Patriotique, et tout le monde fut étonné d’une pareille audace et d’un semblable succès. Pourtant arrivés en face le chemin de la Chamoisière, nos artistes se trouvèrent plongés d’un seul coup dans une obscurité complète. La bourrasque avait tout éteint. On ralluma encore une fois les torches et on revint par le même chemin jusqu’au Presbytère sans discontinuer de jouer et d’allumer de temps à autre des feux de bengale.
Il faut avouer que la Fanfare ne s’ennuyait pas souvent, car les fêtes n’étaient pas rares.
Séance d’escamotage
Le dimanche 5 Février, une réunion d’un nouveau genre attira la jeunesse convoquée par la Fanfare, à une soirée récréative dont voici le programme :
« Nous souhaitons que M. Duguay-Géran revienne comme il nous l’a promis, et que la fanfare sous les ordres de son jeune chef M. Martin, nous offre plus souvent des divertissements aussi agréables. »
Pendant ce temps, en prévision de nouvelles soirées, M. Le Curé s’avisa de remplacer entièrement le matériel du Théatre, il fit faire des chassis en bois, qu’il tendit de toiles, et qu’il décora lui-même. En moins de trois semaines, il eut achevé une jolie façade de la scène, et deux décors complets avec fenêtre et porte. Un salon et une chambre, le tout entièrement tendu en étoffes.
Une cheminée garnie de tous ses accessoires fut organisée, pouvant au besoin servir de buffet. On installa un double rideau pour permettre de chanter des chansonnettes à l’avant-scène pendant le changement de décor.
Les Costumes
Enfin, M. Le Curé se procura des costumes et en fit faire de nouveaux, qui devinrent la propriété de la Fanfare, forment déjà un vestiaire assez complet et d’une fraicheur remarquable.
Soirée théatrale
C’est avec cette organisation qu’on fixa au 26 février une représentation théatrale.
2e soirée théatrale et musicale
Le 12 Mars, une deuxième représentation eut lieu avec le nouveau programme que voici.
Dimanche 12 Mars 1899
Deuxième grande
Soirée Théatrale et Musicale
Offerte par la Jeunesse d’Athée
avec le concours d’Artistes amateurs et de la Fanfare d’Athée.
Programme
Première Partie
| Mouch’tonpif (Pas redoublé) | Orchestre |
| Les vieux Normands | A.R. |
Audition phonographique
Le 4 mai 1899 pourra compter dans les annales de la Fanfare, pour une date inoubliable, ce fut une fête dont le souvenir restera dans de nombreuses générations car Athée, jusque là n’en vit point de semblable.
La Fanfare, en prévision de cette grande solennité eut l’heureuse idée de se choisir un costume aux allures militaires, que s’offrirent les plus fortunés des sociétaires; les autres furent habillés par des souscriptions de personnes dévouées à l’œuvre.
L’uniforme
A l’entrée de la route de Bléré, entre la maison des Institutrices et le presbytère, s’élevait un arc de triomphe qui se composait de deux poteaux chargés de corbeilles et de drapeaux, qui étaient réunis par des guirlandes et une banderolle portant ces mots : » Les Mobiles, à leur Aumonier ». C’est qu’en effet Mgr Renou archevèque de Tours avait en 1870 rempli les fonctions d’Aumonier au 88e de marche, régiment des Mobiles d’Indre et Loire, et partout sur son passage comme évèque, ses vieux camarades se faisaient gloire de se grouper autour de lui à l’ombre du drapeau national, pour lui témoigner l’inébranlable attachement qu’ils ont pour lui. A Athée ils étaient une douzaine présentés par le sacristain : Aimé Legeard qui fit un discours dès l’arrivée de Monseigneur; rappelant quelques épisodes curieux de cette année terrible. Le drapeau était porté par M. François Gallicher ancien mobile et trésorier de la Fabrique à ce moment, la Fanfare d’Athée, groupée devant les portes du Presbytère, éxécuta d’une façon vraiment remarquable la marche du 88e de marche, ce qui fut pour l’ancien aumonier, une joie profonde, aussi s’empressa-t-il de venir remercier immédiatement nos chers musiciens.
Le Cortège
Les fournisseurs du Chateau qui avaient trempé dans cette affaire, et annonça qu’il allait former une Compagnie de Pompiers spéciale pour le Chateau.
L’Union Musicale, par la bouche de son chef M. Ouchet, se déclara incapable comme nombre, de se présenter. Alors M. Collinet retira à cette société sa subvention, pour ne plus la lui rendre.
Les remords
Quant aux Pompiers, après la fête, à la suite de longs pourparlers, Leur Chef M. Rateau, finit par leur proposer de supprimer du règlement l’article incriminé, et de soumettre les nouvelles modifications à l’approbation de M. Collinet. Comme la crainte est le commencement de la sagesse, cette combinaison fut acceptée, et M. Collinet, satisfait, rétablit la subvention.
Les anciens Mobiles acceptèrent l’invitation et vinrent presque tous, mais un ou deux d’entre eux furent détournés par des phraseurs malveillants et n’eurent pas le courage d’affirmer publiquement leur respect pour l’aumonier du Régiment.
Inutile de dire que la Fanfare d’Athée ne connait point toutes ces roueries et toutes ces reculades, car elle se fait gloire de marcher au grand jour vers le but qu’elle poursuit.
L’Assemblée
Monologues, chansonnettes, scènes comiques, romances : par MM. E. Legeard, E. Raimbault, A. Raimbault, J. Hardion, A. et E. Landré, E. Bougrier, P. Nau, Ménager etc etc.
La Fanfare d’Athée sera chargée de la partie musicale. Les chants seront accompagnés par M. E. P.
Sur la même feuille était imprimé le programme d’une deuxième représentation qui eut lieu quinze jours plus après. Nous en reparlerons plus loin.
La soirée du 29 octobre fut admirablement réussie et chacun s’en tira honneur vouloir entrer dans les détails serait perdre son temps car on peut dire en un seul mot que la musique, le chant, les monologues et les pièces tout y fut parfait. On ne joua pas la Marmite Sanglante mais les deux mêmes personnages la remplacèrent par le Conscrit Pitonnet et le Sergent Grinchonot et eurent un vrai succès.
La feuille de programme qui devait servir d’invitation aux deux soirées, portait de plus les indications suivantes
Grand bal offert par les artistes.
La soirée sera annoncée par une grande retraite aux flambeaux qui partira à 7h précises.
L’Union Musicale, pas satisfaite de nos succès, combina avec ses principaux défenseurs, un petit tour pas bien malin, mais qui fit un tout autre effet que celui qu’on attendait.
Où la malice va se nicher
Un certain Boyer, instituteur primaire de son état, mit au monde un article de journal, dont il ne voulut pas endosser la paternité, il le fit signer par un lettré quelconque, et l’envoya à la Touraine Républicaine et au Télégramme d’Indre et Loire. Pendant plusieurs jours, les nombreux lecteurs de la commune attendirent vainement l’apparition de ce petit chef-d’œuvre. Alors le même Boyer fit envoyer son nouveau né à la feuille de chou Wilsonnienne qui s’appelle la Dépèche et qui s’empressa de l’insérer mais il ne parut que le 9 9bre. Savourez moi cela :
« Un Curé Directeur de Théatre :
Notre desservant M. l’abbé Ménage est un prêtre très remuant, qui n’en est plus à faire ses preuves dans ce genre.
Un de ces derniers dimanches, il s’est imaginé d’organiser salle Chotard, une représentation théatrale, dans laquelle il s’était réservé des fonctions multiples : Directeur et éducateur de la troupe, régisseur de la scène, costumier, accompagnateur, etc.
C’est beaucoup pour un . . . abbé seul. Aussi nous verrions avec plaisir M. Le Curé Ménage, se renfermer d’avantage dans ses fonctions, et garder un peu plus la réserve que devrait lui imposer son caractère sacerdotal. »
Et les amis du reporter eurent une frousse d’autant plus grande que l’un d’eux ayant vu les Gendarmes de Bléré descendre en ces jours là au Presbytère, se figurèrent qu’ils ouvraient une enquête contre l’auteur de l’article.
Tranquillisez vous poltrons, mais souvenez vous que lorsqu’on est coupable on est facile à effrayer et que ceux qui ont pour eux le bon droit et la loyauté, se moquent agréablement de vos sottises.
Nous ne dirons rien du programme de la seconde soirée il est en entier sur la photographie ci contre de l’affiche sur bois qui fut inaugurée à cette occasion. Mais nous allons transcrire l’article que le Télégramme d’Indre et Loire et La Touraine Républicaine publièrent le 15 Novembre au sujet des deux représentations de la Fanfare d’Athée.
Appréciation de la presse
… (texte de l’article de presse transcrit ci-après) …
« Le Phonographe a tenu sa place dans cette charmante soirée. M. E. P. accompagnateur et la fanfare avec ses plus brillants morceaux achevaient de rendre intéressante la réunion.
« Une quête fructueuse, faite par les artistes a été remise à M. le maire pour le bureau de bienfaisance.
« A la suite de la représentation, un grand bal offert par la troupe, a terminé la journée et n’a pris fin que le lendemain matin.
« Tous nos compliments à la Société musicale et surtout nos remerciements aux artistes étrangers qui nous ont prêté leur concours. – Un membre honoraire –
Comme on le voit, la population d’Athée fait honneur à nos musiciens, et les jaloux en sont pour leurs frais. »
C’est Edouard Thiou qui a été désigné pour lui succéder dans les fonctions d’archiviste.
Accident
Le onze Novembre, notre Trésorier Général Auguste Saulquin, étant à la pêche au bord du Cher, fit un faux pas qui lui occasionna une entorse; à cause de cela il ne put remplir les fonctions de caissier à notre seconde représentation et fut remplacé ce jour là par MM. Emile Legeard et Amand Bardet.
Prélude de la fête
Une affiche en couleurs annonce huit jours à l’avance la fête de Ste Cécile, en voici la rédaction :
Fanfare d’Athée
Fête de Ste Cécile
Dimanche 26 Novembre
Inauguration du nouveau Drapeau :
Concert
Bal de Société
Salle Chotard
Les absents
D’ailleurs il vaut mieux laisser parler le journal qui raconte d’une façon suffisamment explicite la suite de la journée.
Voici donc l’article paru dans le Télégramme d’Indre et Loire, la Touraine Républicaine et la Croix de Touraine à ce sujet :
« On nous écrit le 27 Novembre :
« La Fanfare d’Athée avait cette année un motif spécial de solenniser la Ste Cécile. Un généreux donateur, M. E. M., parent et ami de M. Collinet du chateau de la Chesnaye avait offert à la société un magnifique drapeau tricolore, il s’agissait de l’inaugurer.
Le matin à 10h1/2, la fanfare s’est rendue, musique en tête avec drapeau neuf, à la messe en musique, où une nombreuse assistance a gouté le talent de nos artistes. Après un discours patriotique prononcé par M. L’abbé Loisel, le superbe drapeau a été béni solennellement.
A la suite de la messe, la Fanfare s’est rendue au domicile de M. le Maire où elle a exécuté quelques jolis morceaux.
De là elle est revenue au Chateau de la Chesnaye, remercier les protecteurs de notre brave société; puis elle est rentrée à 3 heures, salle Chotard pour prendre part au banquet. La salle était merveilleusement décoré et les guirlandes et les fleurs alternaient avec un gout parfait. Un toast de reconnaissance a é;
Au banquet
Pour le banquet, M. Collinet avait donné à la fanfare un cuisseau de Cerf de la forêt d’Amboise, ce morceau plongé dans la marinade douze jours avant la fête fut l’objet de nombreuses conversations, les uns voulaient le manger plus tôt, d’autres voulant le faire attendre; bref on finit par se raisonner et on attendit la fête, on eut la preuve qu’on avait bien fait car il était délicieux. Il était accompagné de 3 lapins du parc de la Chesnaye le tout fut assez copieusement arrosé, et les instrumentistes reprirent de bonnes forces.
Un toast
Une amende
Un des sociétaires s’étant permis le dimanche précédent de rester en uniforme jusqu’à une heure indue dans un des cafés du pays, fut sévèrement réprimandé par les chefs et condamné à l’unanimité à une amende de un franc.
Plumets et pompons
A l’occasion de la fête de Noël M. le Curé voulant compléter l’uniforme de la fanfare, offrit aux musiciens pour orner leur képi : au chef un plumet rouge, au sous-chef un plumet blanc, et aux exécutants un pompon tricolore qui furent inaugurés ce jour là. Chacun donc possédant son plumet ou son pompon eut la bonne idée de ne pas en prendre un autre.
Commencement de la fin du siècle
En vertu d’une décision spéciale du Souverain Pontife Léon XIII, et pour l’ouverture d’un jubilé universel accordé en raison de la fin du siècle, M. Le Curé annonça en chaire à la Grand’messe de Noël que le Dimanche 31 Xbre à 11 heures du soir commencerait un office de nuit qui serait suivi d’une messe de minuit comme dans la nuit de Noël. Alors le chef de la fanfare eut l’heureuse idée d’ailleurs acceptée par tous, de convoquer la musique pour cette messe et il fut décidé en principe qu’on y viendrait en retraite aux flambeaux, ce qui ne sera pas banal.
Le Dimanche 31 Xbre en vertu d’un avis officiel de l’archevêché de Tours, la sonnerie des cloches étant supprimée M. Le Curé annonce que la Fanfare viendra à la cérémonie mais sans la retraite aux flambeaux.
Voici le compte-rendu de la fête que nous trouvons dans le Télégramme d’Indre et Loire et la Touraine Républicaine.
Nous le plaçons au commencement du livre suivant pour inaugurer l’année 1900.