Céré la Ronde par Robert Ranjard

In La Touraine Archéologique, 1930

Grégoire de Tours désigne Céré sous le nom de Cerate, qui devint Cereium au XIIIe siècle. Dès le VIe siècle, saint Euphrone y fonda une église à laquelle aurait succédé un second édifice dédié à saint Vincent. Cette reconstruction n’est pas prouvée par les textes. Mais il est certain qu’au XIIe siècle, une nouvelle église fut édifiée qui a précédé le monument actuel et dont a subsisté le clocher.

L’église que nous voyons aujourd’hui, dédiée à saint Martin, date du XVIe siècle. L’utilisation dans sa construction des fondations de la nef du XIIe et le maintien du clocher de la même époque expliquent le plan anormal sur lequel elle s’élève. Extérieurement on remarque d’abord sa façade occidentale, dont la porte en arc surbaissé a ses jambages ornés de pilastres Renaissance et dont la fenêtre est d’un style plus ancien, à meneaux flamboyants. Sur le flan septentrional s’élève le clocher roman, avec petites fenêtres-meurtrières éclairant ses étages inférieurs et étage du beffroi ouvert sur chaque face d’une fenêtre en plein cintre dont celle du nord est d’un dessin très archaïque ou a été mutilée. La flèche octogonale qui a été restaurée a ses pans brisés légèrement et est épaulée aux quatre angles par une lucarne. Au delà de cette tour, du même côté, une porte latérale avec pilastres sur culs-de-lampe, est surmontée d’une niche habitée par une statue de la Vierge du XVIe siècle, en pierre peinte. Cette porte a conservé ses vantaux anciens dont deux panneaux portent, sculpté, un cœur héraldique qui a été confondu avec les armoiries de l’abbaye voisine d’Aiguevives.

La nef est composée de cinq travées. Les trois premières correspondent à la nef de l’église romane. Elles sont voûtées sur croisées d’ogives à moulures prismatiques dont les clefs sont décorées d’armoiries. A partir de la moitié de la troisième travée, la nef se rétrécit et est alors, dans cette demi-travée et les deux suivantes, accompagnée de deux collatéraux. Ceux-ci sont chacun de trois travées dont la première, plus courte correspond à la seconde moitié de la troisième travée de la nef, et communique avec elle par une arcade en tiers-point, de biais. Ces travées sont voûtées sur croisées d’ogive aux clefs desquelles on retrouve le cœur héraldique des panneaux de la porte septentrionale et les blasons de la nef. Chacun des collatéraux est terminé par un chevet plat.

L’abside à laquelle aboutit la nef est à cinq pans dont trois sont percés de fenêtres flamboyantes. La voûte est soutenue par six nervures.

Dans le chœur sont conservées des stalles. Celles du bas-chœur datent du XVIe siècle et leurs panneaux latéraux portent le blason des de Prie, seigneurs de Montpoupon. Les stalles du haut-chœur sont plus anciennes, datent du XVe siècle et sont plus richement décorées. A noter aussi un Chemin de Croix de Ferrière-Larçon dû à Paule Richon (1937).

Au midi de l‘église le presbytère est un logis du XVIe siècle contemporain de l’église. La cure de Céré était autrefois à la nomination alternative de l’archevêque de Tours et des abbés de Marmoutier et de Saint-Julien.

A l’ouest de Céré et dominant un pittoresque vallon, se trouve le château de Montpoupon. Montpoupon, Mumpopum au XIIIe siècle, était une châtellenie relevant de Montrichard. Au début du XIIIe elle appartenait à Richard de Beaumont. Elle était en 1450 la propriété d’Antoine de Prie, seigneur de Buzançais, et resta dans sa famille jusqu’au début du XVIIIe siècle. Elle passa alors par mariage dans la famille de la Motte-Haudancourt, puis, de la même façon échut aux Thibaut de la Carte de la Ferté Senectère. En 1763 le domaine fut acquis par un Nicolas Tristan.

Le château de Montpoupon date du XVe siècle. Il fut reconstruit à la place de la forteresse du XIIe siècle détruite probablement par un incendie. Il fut remanié au XVIIIe siècle et restauré complètement en 1920.

On pénètre dans la cour d’honneur par une porte fortifiée, élevée après le château vers 1515. Elle est constituée par une tour carrée, percée au rez-de-chaussée d’une baie charretière en tiers-point accompagnée d’une porte à linteau droit. Elle est flanquée au nord-ouest d’une tourelle octogonale d’escalier. Entre deux échauguettes d’angle, en encorbellement, soutenues par des culs-de-lampe et coiffées de toits coniques, une fenêtre à croisée de pierre a son allège timbrée des armes des de Prie : « De gueules, à trois tierces-feuilles d’or. » Une lucarne au gâble décoré d’un profil de chevalier couronne la façade.

La courtine d’enceinte a disparu de chaque côté. Elle aboutissait au sud-ouest à une tour cylindrique, coiffée en poivrière, qui a subsisté.

Le château lui-même est flanqué à son angle nord-ouest d’un gros donjon cylindrique dont la base est du XIIe siècle mais dont le couronnement de mâchicoulis décoré de petits arceaux tréflés fut refait au XVe.

Le Châtellier, appelé aussi Châtellier-Razay, était une châtellenie relevant du château de Montrichard et appartenait vers 1480 à Antoine de Céré. La fille de celui-ci, Jeanne, porta la terre par mariage dans la famille d’Albin de Valsergues. En 1559 le domaine fut hérité par les Brémond d’Ars. Au début du XVIIe siècle il fut possédé par les de Brilhac, auxquels succédèrent les de Thienne qui en était propriétaires en 1789. Le château a disparu. On en voit les douves au milieu d’un bois.

Biard était un fief relevant de Montrésor. Il fut possédé par les familles de Reffye, de Jouffroy-Gonsans et de la Roche-Aymon.

Razay, fief relevant du château de Montrichard, était en 1650 la propriété de la famille de Thienne qui le garda jusqu’à la Révolution.