Bléré par Robert Ranjard
in La Touraine archéologique, 1930
L’ancienneté de Bléré a été prouvée non seulement par le témoignage de Grégoire de Tours, mais aussi par la découverte qui a été faite sur son territoire de traces du séjour des romains. C’est la Briotreis du Ve siècle. Le fondateur du bourg aurait été d’après la chronique un certain Billejus, gendre d’une dame d’Amboise. Il y existait un atelier monétaire sous les Mérovingiens.
Ravagé par les Normands en 838, Bléré fut relevé de ses ruines. En 946 Théotolon, archevêque de Tours, en assura la possession à l’abbaye de Saint-Julien, possession qui fut confirmée en 1144 par le pape Célestin II.
Au Xe siècle, Bléré était le chef-lieu d’une viguerie (fonction du viguier : Juge qui, dans le midi de la France, faisait les mêmes fonctions que les prévôts royaux dans les autres provinces.) Plus tard, il devint une châtellenie relevant d’Amboise jusqu’en 1431, puis du château de Tours jusqu’en 1789. Au début du XIe siècle, le seigneur en était Sulpice d’Amboise. Ses descendants furent propriétaires du domaine jusqu’en 1446, date à laquelle celui-ci fut vendu par Louis d’Amboise à Jean de Sainte-Maure, qui le céda à son tour à Pierre Bérard. Après être restée dans la famille Bérard jusqu’en 1572, la terre de Bléré passa successivement aux familles Chasteigner, de Schomberg, de Faverolles, Guillerault, Taschereau et Malon de Bercy. Vers 1797 le conventionnel Tallien résida quelque temps à Bléré.
Bléré était autrefois fortifié. La ville portait pour armoiries : « D’azur à trois chevrons d’or. »
L’église paroissiale a été constituée par la réunion de deux chapelles voisines, séparées primitivement par une ruelle et réunies au XVe siècle par une nef : au nord, la chapelle priorale de Saint-Julien, qui constitue aujourd’hui la nef majeure et le chœur principal ; au sud la chapelle de Saint-Martin dont subsistent deux travées de nef. La façade de l’église actuelle comprend ainsi : au nord, la façade primitive de Saint-Julien, en petit appareil grossier, du XIe siècle, ajourée d’une porte et d’une fenêtre du XVe ; au centre, la façade de la nef intermédiaire du XVe siècle ; au midi et en retrait, la façade en petit appareil grossier de la chapelle Saint-Martin..
La nef de Saint-Julien a été refaite. Les voûtes et son mur nord sont modernes. Seule la chapelle du XVIe siècle saillant près de l’angle nord-ouest a échappé à la restauration. Le chœur, sis sous le clocher et couvert d’une voûte soutenue par une robuste croisée d’ogives, est du XIIe siècle, ainsi que l’abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four et éclairée par trois fenêtres en plein cintre. Au nord la travée de chœur est reliée à une petite chapelle du XVe siècle. Au sud de cette travée et de la travée de nef qui la précède ,et reliée à elles par deux arcades en tiers-point, une chapelle fut élevée en 1464 par Pierre Bérard et sa femme, Jeanne Cherittée. Dédiée à saint Pierre et à saint Paul, elle occupe la place d’un oratoire plus ancien dédié à sainte Agnès. Voutée d’ogives avec clefs pendantes, elle présente un enfeu (Niche dans un édifice religieux abritant un tombeau, un sarcophage ou une scène funéraire.) dont la clef de voûte est timbrée du blason des Bérard et qui abrite une « Pitié » du XVe siècle. Elle communique à l’ouest avec la nef intermédiaire ajoutée au XVe siècle et plus large qu’elle.
La chapelle Sain-Martin, au midi, date de la fin du XIIe siècle. Elle n’a conservé que deux travées couvertes de voûtes angevines.
Le clocher de l’église, qui surmonte le chœur, est une tour octogonale à pans inégaux, couronnée par une pyramide également octogonale. Il date du XIIe siècle.
Place de la République, dans un square dessiné sur le terrain d’un ancien cimetière, subsiste la jolie chapelle de Seigne. Elle fut bâtie en 1526 par Jean de Seigne, seigneur de Boispateau et de Bois-Ramé, gouverneur de Montrichard, fils de Guillaume de Seigne, receveur général de l’artillerie. La porte en anse de panier, dont l’arc orné de bombes et de flammes repose sur deux colonnettes, est flanquée de deux colonnes refaites soutenant un entablement dont l’architrave est décoré de canons et d’arabesques. Au-dessus est un beau fronton semi-circulaire. La chapelle proprement dite a une travée et une abside semi-circulaire, voûtées sur nervures retombant sur des colonnes engagées dont les deux du fond sont coupées par des niches vides de leurs statues. On remarque à droite une jolie crédence. L’édifice est surmonté d’un dôme octogonal qui supportait autrefois un lanternon qui a disparu.
Parmi d’anciennes demeures seigneuriales existant encore sur la commune de Bléré, il faut citer le Grand Logis, construit par Pierre Bérard au XVe siècle, très restauré. Les communs datent du XVIIIe siècle.
Le manoir de Boisramé, qui est également du XVe siècle, appartenait en 1526 à Jean de Seigne. Sa tourelle d’escalier est décorée de belles sculptures.
A l’ouest de Bléré, à Fontenay, prenait naissance un aqueduc gallo-romain qui suivait la rive gauche du Cher et portait l’eau de source à Cæsarodunum.