L’histoire de l’église d’Athée sur Cher

Avant-propos

En septembre 1992, dans le cadre du projet ECCLESIA, les membres de l’Association pour le Développement de la Recherche historique et Archéologique appliquée à l’animation culturelle en Région Centre (A.S.D.R.A., Université F. Rabelais) ont présenté leur travail sur l’histoire de l’église d’Athée sur Cher.

Qu’ils soient ici remerciés.

Je me suis permis de reprendre la majorité du texte, d’ajouter des photos en couleur, redessiner les plans et de recenser les travaux faits depuis 20 ans.

Alain Colman

Novembre 2012

Les premiers temps de l’église

Saint Romain

Il a été recensé plus d’une dizaine de Saint Romain : Le plus ancien est un martyr romain, mort à Rome en 258. Condamné à être décapité, il aurait été représenté la tête sous le bras. Un autre fut évêque de Rouen et mourut en 629. La légende le fit affronter un serpent et ils sont représentés sur la cathédrale de Rouen avec son étole comme laisse. Un autre fut prêtre gallo-romain, ou, pour d’autres, d’origine africaine, il aurait été ordonné par saint Martin de Tours lui-même et envoyé évangéliser la région de Blaye près de Bordeaux et c’est là d’ailleurs qu’il meurt. Le prêtre Romain vint sur les bords de la Garonne au IVe siècle, et évangélisa la ville de Blaye. Il fut inhumé par saint Martin de Tours. Saint Romain de Blaye était connu de Grégoire de Tours qui en parle dans son ‘De gloria confessorum’, cap. 5. II devint patron des mariniers. Il semble que ce soit ce saint Romain qui fut représenté au XIXe siècle dans le vitrail du mur sud de la nef (fête le 24 novembre). Il est ainsi des paroisses où les curés eux-mêmes ne savent plus qui était primitivement le patron de la paroisse.

St Romain d'Athée sur Cher

Autres saints dans l’église

Notre église abrite plusieurs autres saints. Leur présence, pour l’instant, n’est pas expliquée.

St Antoine de Padoue d'Athée sur Cher

St Antoine de Padoue

Fernando Martins de Bulhoes connu comme saint Antoine de Padoue ou saint Antoine de Lisbonne, né en 1195 à Lisbonne et décédé le 13 juin 1231 près de Padoue (Italie) était un prêtre franciscain, maitre de doctrine spirituelle, prédicateur de renom et thaumaturge. Le titre de thaumaturge est donné à celui qui guérit de manière miraculeuse. Il fut canonisé en 1232, moins d’un an après sa mort, et déclaré docteur de l’église en 1946. Patron des faïenciers, il est invoqué pour retrouver des objets perdus. L’idée d’invoquer saint Antoine vient du fait qu’un voleur (qui deviendra un pieu novice) qui lui avait dérobé ses commentaires sur les Psaumes se sentit obligé de les lui rendre.

Ste Rita

Elle naquit à Roccaporena en Italie en 1381. Les temps étaient cruels. En France, c’était la lutte sans merci entre Armagnacs et Bourguignons. En Italie, entre partisans du Pape et de l’Empereur (Guelfes et Gibelins). On massacrait pour l’un, on empoisonnait pour l’autre. Chaque village, voire chaque famille, était divisée. Dès l’âge de 16 ans, elle avait pensé à la vie religieuse, mais ses parents en avaient décidé autrement. Ils avaient arrangé son mariage avec Paul Mancini, bien qu’elle les eût suppliés de la laisser entrer au couvent. Paul était riche, mais prompt à s’emporter, et il s’était donc fait des ennemis dans la région. Une nuit, il fut agressé et assassiné, bien qu’apparemment il se fût adouci depuis la naissance de ses enfants. Rita continua de se consacrer à ses enfants, mais il lui devint après quelques années qu’ils étaient bien décidés à venger la mort de leur père. Elle tenta de les en dissuader et de leur faire comprendre que ce serait un meurtre. Elle pria pour qu’ils renoncent à leurs desseins. Ses deux fils moururent de causes naturelles durant l’année, emportés par une épidémie de peste après avoir imploré le pardon de leur mère. Se retrouvant seule, Rita voulut entrer au monastère sainte Marie-Madeleine à Cascia. Elle fut éconduite, car les constitutions de l’ordre interdisaient d’accueillir les veuves. De plus les deux familles, celle de son mari et celle de son assassin, ne s’étaient pas réconciliées. Le monastère avait peur de représailles. Mais elle insista, et finalement fut admise à une condition. Elle devait réconcilier sa famille et celle des meurtriers de son mari. Elle poursuivit ce but, ce qui s’avéra difficile. Quand les deux clans s’accordèrent réciproquement le pardon devant l’évêque de Cascia (elle avait alors 36 ans), elle fut autorisée à entrer au monastère où elle resta jusqu’à sa mort en 1457. Religieuse, Rita essaya de vivre jusqu’au bout les exigences de son état ; vie de prière, obéissance, pauvreté. Elle osa, à la suite d’un sermon sur la passion de Saint Jacques de la Marche, demander à Dieu, dans un moment de grande ferveur, de la faire participer, dans sa chair, aux souffrances du Christ. Elle fut exaucée et une épine de la couronne du Christ ds détacha et vint se fixer sur son front. C’est pourquoi on la représente avec une plaie incurable à cet endroit. Elle mourut en 1457, à l’âge de 76 ans. Elle est depuis, invoquée pour les causes désespérées.

Ste Rita d'Athée sur Cher
St Vincent d'Athée sur Cher

St Vincent

Né à Huesca, en Espagne, au IIIe siècle, Vincent est ordonné diacre par Valère, l’évêque de Saragosse. Âgé et parlant difficilement, l’évêque charge Vincent, qui, lui, se montre brillant orateur, de le suppléer dans le ministère de la parole. Ces fonctions le mettent en vedette, si bien qu’il est parmi les premiers à être arrêtés avec son évêque lorsque s’ouvre en 304 la persécution de Dioclétien. On les conduit chargés de chaines devant Dacien, « gouverneur » de la province. Celui-ci interroge Valère et cherche à l’intimider. Le vieil évêque bredouille quelques mots, puis reste court. Dacien commence à jubiler en voyant dans ce silence une promesse d’apostasie. En grec, ce nom (apostasia) dérive du verbe aphistêmi, qui signifie littéralement «s’éloigner de»; il a le sens de «désertion, abandon» . Dans le contexte religieux, l’apostasie signifie le renoncement par un individu adulte et responsable, à faire partie d’une organisation religieuse. En 2012, l’apostasie est toujours passible de la peine de mort en Arabie Saoudite (www.lefigaro.fr, flash du 27 février 2011). Mais Vincent vient au secours de l’infirmité de Valère et professe, en son nom et au nom de l’évêque, leur foi chrétienne. Furieux de cette intervention, Dacien le fait horriblement torturer : il est successivement déchiré par des ongles de fer sur un chevalet, puis rôti sur un gril. Vincent résiste fermement et persiste à confesser sa foi en chantant des psaumes sous la torture. Couvert de plaies, le corps disloqué et brulé, il est jeté en prison où il reste couché sur des tessons de verre. Ramené le lendemain en présence de Dacien, il expire sans avoir donné de signe de défaillance. Après sa mort, son corps est exposé dans un lieu sauvage, mais un corbeau le défend contre un grand loup. Dacien le fait jeter à la mer, une pierre de meule au cou, et il est ramené miraculeusement au rivage. L’iconographie le représente, en habit de diacre portant l’évangéliaire (L’évangéliaire est un livre liturgique qui contient les passages des Évangiles lus les dimanches et aux fêtes des saints) et la palme du martyre. Il est encadré de deux ceps de vigne portant des grappes de raisins. Il est le patron des taverniers, des vignerons et des vinaigriers.

L’abbaye de Saint-Julien de Tours, patron de la paroisse

La présentation à la cure d’Athée appartenait à l’abbé de Saint-Julien de Tours. La possession de l’église d’Athée par cette abbaye est confirmée dans une bulle du pape Célestin II, le 27 janvier 1144 (Gallia Christiana, instrumenta ecclesiae Turonensis, n°°LXV, col. 85). L’église d’Athée est traduite dans cet acte en latin par ecclesiam de Atheis,

Les premières églises d’Athée

Y avait-il déjà une église à Athée avant le XIIe siècle ? Cela est fort probable. Carré de Busserole nous indique que l’église d’Athée était connue dès le Xe siècle (Il ne nous donne pas sa source). Construite sur un terrain dépendant du fief de Chenai, elle reconnaissait pour ses fondateurs patrons seigneurs de ce fief. Vers 1635, Philippe Sallier, seigneur de Chainaie, fit rebâtir le chœur et réparer le reste de l’église. Cependant, seules des fouilles archéologiques dans l’église pourraient résoudre valablement une telle question. Les fouilles archéologiques récentes sur des églises construites au XIe ou XIIe siècle (comme à Neuvy-Pailloux en 1986-87) ont mis en valeur les traces d’édifices bien antérieurs. Le sol de l’église St-Romain a probablement encore beaucoup de choses à nous apprendre sur l’histoire du bourg d’Athée sur Cher. La cure (presbytère) était à la présentation alternative de l’évêque de Tours et de l’abbé de Saint-Julien. Elle constituait un fief relevant de la châtellenie de chenaie d’Athée.

Les traces d’une église du début du XIIe siècle

Une église romane existait déjà avant la construction du clocher roman encore visible aujourd’hui. En effet, on remarque dans le mur Sud du clocher, à rez de chaussée, une petite porte d’accès romane, avec un linteau en pierre monolithe avec au- dessus un arc de décharge appareillé en claveaux. Ce procédé était utilisé couramment au début du XIIe siècle pour faire l’économie de taille de pierre. On remarque également à gauche et à droite de la porte les restes des anciens contreforts sur lesquels ont été construits les murs les plus récents. Étant donnée la faible élévation de cette partie, nous pensons qu’il doit s’agir là de l’ancien mur Sud de l’avant-chœur d’une église du début du XIIe siècle. Le mur Sud de la tour du clocher aurait donc été construit postérieurement en prolongement d’un ancien mur de l’avant-chœur de ce qui fut sans doute la première église romane en pierre d’Athée.

Porte romane de l'église d'Athée sur cher

Tentative de restitution du plan de l’église romane

Restitution du plan de l'église romane d'Athée sur Cher

Le clocher

Cette tour ne possède pas de baie jusqu’à la hauteur du beffroi. Les angles sont renforcés par des contreforts plats très restaurés. La forme des glacis d’origine de la partie supérieure de ces contreforts est encore visible à l’intérieur de l’église, au-dessus des voutes du chœur et de la chapelle Sud. La porte donnant à l’extérieur n’existait pas, ni celle donnant dans la chapelle Sud. Seule existait une petite porte, servant aujourd’hui de placard, et ouverte dans le coin Ouest du mur Nord du clocher. Cette porte donnait dans ce qui était sans doute l’avant-chœur de l’église romane. Le beffroi est la partie la plus décorée du clocher. La façade Sud du beffroi, comme les contreforts, a été très restaurée. Ce beffroi se compose de deux niveaux. Le niveau inférieur est ouvert sur chaque face par deux baies géminées, en plein-cintre, dont les montants sont décorés de colonnettes engagées surmontées de chapiteaux à crochets. Un bandeau mouluré d’un cavet, ceinture la tour à la base des baies. Un autre bandeau décoré de billettes, encercle le beffroi au niveau de la base des arcs des baies. Un autre bandeau, mouluré, ceinture le beffroi en partie supérieure le premier niveau du beffroi. Le deuxième niveau du beffroi est ouvert sur chaque face par une baie en plein-cintre. Le beffroi est surmonté d’une flèche en maçonnerie ouverte dans chaque angle de la tour d’une petite fenêtre en plein-cintre surmontée d’un fronton. Les plans du 20 mai 1864, nous montrent la façade Ouest avant sa reconstruction. On peut voir une porte en plein-cintre extradossée d’une moulure. Il devait s’agir manifestement d’une porte romane. Cette indication nous porte à croire que le mur Sud de la nef est contemporain de la construction de la tour du clocher.

Élévation

Élévation de l'église d'Athée sur Cher en 1864

Coupe transversale

Coupe transversale de l'église d'Athée sur Cher en 1864

Le mauvais état des églises à la fin de la guerre de Cent Ans

Plus que les déprédations des gens de guerre, c’est le manque d’entretien des églises dans cette période de crise qui est à l’origine du délabrement des édifices religieux. L’église Saint-Romain d’Athée-sur-Cher n’a pas dû échapper à cette règle. Au XVIe siècle, avec la prospérité retrouvée, d’importants travaux de restaurations et d’agrandissement ont pu être engagés.

La reconstruction du chœur et construction de la chapelle Sud

Le chœur a été complètement reconstruit, sans doute dans le courant du XVIe siècle, dans le style gothique flamboyant. Le chevet est à trois pans, et chacun des pans est ouvert d’une grande baie en tiers-point de style gothique flamboyant. Deux arcs, celui de la baie centrale (à deux meneaux), et de la baie Sud (à un meneau comme la baie Nord), ont été refaits à la fin du XIXe siècle, en même temps que les remplages de ces trois fenêtres. La corniche du chevet est moulurée en quart-de-rond. On remarque dans le coin Sud une sculpture altérée représentant un personnage accroupi. ( Chimère)Les angles du chœur sont renforcés d’un éperon qui contrebute la poussée de la voute d’ogives. La chapelle Sud fait partie de cette même campagne de travaux. Elle est également éclairée par une grande baie à deux meneaux et à remplage gothique flamboyant. Chacun des deux angles est renforcé d’un contrefort.L’avant-chœur est composé de deux travées dont les arcs doubleaux s’appuient au Sud sur le clocher et au Nord sur les piliers du collatéral Nord. Le chœur, l’avant-chœur, et la chapelle Sud ont été voutés de voutes d’ogives en pierres. Les écussons des clefs de ces voutes sont des inventions de la fin du XIXe siècle et ont été posés lors de la réfection de la décoration intérieure du chœur qui, bien que d’un style imitant l’art gothique, date complètement de la fin du XIXe siècle. L’ouverture en plein-cintre donnant du clocher dans la chapelle, et la porte à linteau droit surmonté d’un arc de décharge en plein-cintre doivent avoir été ouvertes lors de la construction de la chapelle Sud.

Chœur de l'église d'athée sur Cher

La chapelle Nord

Cette chapelle a sans doute été construite peu de temps après ou en même temps que la reconstruction du chœur de l’église. Couverte d’un seul pignon, elle est cependant divisée en deux travées voutées d’une voute d’ogives. Seule la travée Est est éclairée d’une baie en tiers-point à remplage gothique flamboyant. Cette chapelle s’ouvre sur l’avant-chœur par deux grands arcs en tiers-point reposant sur des piliers octogonaux.

Chapelle Nord de l'église d'Athée sur Cher

Construction du collatéral Nord et réfection de la nef

Le collatéral Nord-Est un agrandissement de la nef. Il se compose de trois travées, formant trois pignons à l’extérieur, séparés par un contrefort. Ces trois travées communiquent avec la nef par trois arcs en tiers-point, et entre eux et avec la chapelle Nord par un même arc. Chacune des travées est éclairée par une baie en tiers-point à remplage flamboyant refait en 1869, au moment de la pose des vitraux. Ces trois travées sont couvertes d’une voute en lambris en plein-cintre aujourd’hui plâtrée.

Collatéral Nord de l'église d'Athée sur Cher

Le linteau de la petite porte Ouest est décoré d’un écusson reconnaissable malgré son martèlement. On voit distinctement un lion. Il s’agit des armes de la famille Bohier, qui fut seigneur de la Chesnaye de 1506 à 1561 :

Écusson Famille Bohier. Église d'Athée sur Cher

« d’or au lion d’azur lampassé de même au chef de gueule ».

Le mur pignon Ouest de la nef a été rehaussé lors de la reconstruction complète de la charpente. Ces travaux ont dû se faire en même temps que la construction du collatéral Nord. Pour renforcer cette reconstruction, le mur Sud a été muni de trois contreforts, dont l’un fut placé dans l’angle Sud-Ouest de la nef. Le mur Sud a été percé à cette occasion d’une grande baie en tiers-point du même style que celles du collatéral Nord. Le remplage de cette baie semble avoir disparu. Une autre petite baie en plein-cintre a été ouverte entre les deux contreforts Ouest de ce mur.

Une difficile datation de ces travaux

Carré de Busserole prétend que Philippe Sallier, seigneur de la Chesnaye, fit rebâtir le chœur et réparer le reste de l’édifice vers 1635. Le style du chœur ne correspond pas à cette affirmation. Monsieur de Busserole ne nous indique pas où il a pris cette information. Il peut s’agir ici d’une erreur. L’écusson de la porte du collatéral Nord nous permet de dater cette partie de l’église, ainsi que le reste des travaux d’agrandissement de l’église dans le courant du XVIe siècle, avant 1561. Par son testament, datant du 6 mai 1662, Marie Binet, femme de Charles Daen, écuyer, seigneur de la Roche-Daen (Daing), nous indique : « Je laisse ma sépulture où il plaira à Dieu d’en ordonner… ou en la chapelle Notre-Dame, où sera l’image de la Vierge et de monsieur St-Sébastien, fondée en son nom comme ça a été l’intention de mes ancêtres ». Elle fait également mention du testament de ses ancêtres, comme datant du 24 octobre 1576, ce qui placerait les travaux de construction de la chapelle de la Vierge dans la seconde moitié du XVIe siècle, comme probablement le reste des travaux d’agrandissement de l’église (La fondation d’une chapelle n’est pas forcément liée à sa construction. Une fondation peut précéder ou suivre la construction).

Les autres modifications

La sacristie est une construction postérieure que l’on peut dater du XVIIe siècle.