La Fanfare 1895-1897
Livre XIII
Changement du curé d’Athée
1895
Le premier Janvier 1895, la Fanfare, confirme ses traditions, va offrir ses vœux à ses membres honoraires notamment à la Chesnaye et chez M. le curé.
La St Vincent se présente comme chaque année, avec l’obligation de prèter gracieusement son concours.
M. l’abbé Hénault
Pâques arrive aussi, avec la joie mèlée à la tristesse, car M. l’abbé Hénault, depuis 20 ans curé de la paroisse d’Athée, et soutien dévoué de la Société musicale, annonce son prochain départ.
La Fanfare, perdant en lui un puissant protecteur et un ami généreux, vient lui faire des adieux en lui offrant un cadeau, à titre de reconnaissance et de souvenir.
Discours du Trésorier
Le Trésorier Général M. Auguste Saulquin prenant la parole, lui dit en termes émus le discours suivant :
« Monsieur le Curé :
« Au nom de la Fanfare d’Athée et de ses membres honoraires :
« La Fanfare est venue comme d’habitude le jour de Pâques, vous rendre visite, mais cette visite étreint tous les cœurs de notre société, en songeant que c’est la dernière fois que nous sommes réunis ici avec vous.
Nous venons donc M. le Curé vous dire adieu ou plutôt Au revoir, car plusieurs d’entre nous ne seront pas sans vous revoir, mais helas ! passagèrement.
M. le Curé, il nous reste donc beaucoup à vous remercier du bon accueil que vous nous avez toujours fait, nous en garderons longtemps un précieux souvenir.
A l’occasion de votre départ si regretté, la Fanfare ainsi que ses membres honoraires, se font un devoir de vous offrir un petit présent en signe de reconnaissance, et en même temps pour vous témoigner toute l’affection qu’ils ont toujours eue pour vous; Car avec vous la Fanfare a toujours subsisté, groupée autour de ce cher drapeau qui fut jadis l’occasion d’une si belle fête.
« Merci M. le Curé, mille fois merci. »
Installation de M. l’abbé Mesnage
Le 12 juin eut lieu l’Installation de M. l’abbé Mesnage, nouveau curé d’Athée, qui venait de St Martin le Beau.
Le Presbytère étant en réparations, le nouveau curé n’y vint pas habiter de suite, mais présida cependant les processions de la Fête-Dieu auxquelles la Fanfare prêta son concours.
Le 17 juin de cette année, son éminence le Cardinal Meignan archevèque de Tours, vint à Athée pour y donner la confirmation. M. Mesnage qui n’habitait pas encore Athée, invita cependant la Fanfare pour la Cérémonie, ce concours ne lui fut pas refusé, et le Cardinal, après la Confirmation, s’entretenant dans la cour du Presbytère avec les musiciens, les remercia et les complimenta, leur demandant les noms des clés musicales, et leur recommandant de ne pas oublier la clef de la cave.
La fête Nationale
La fête Nationale, où la fanfare se fit encore entendre donna l’occasion, à un plumitif de l’autre troupe, de lancer un chef d’œuvre de style et de bonne foi dans la trop fameuse Dépèche du Sieur Wilson (19 juillet 1895)
Voici ce charmant morceau :
« Samedi à 8h du soir retraite aux flambeaux par l’Union Musicale et les Pompiers, à 9h Salve d’artillerie
Dimanche à 5h 1/2 du matin salve d’artillerie
A 1h revue de la subdivision des sapeurs-pompiers par M. le Maire, à 2h1/2 banquet par souscriptions.
A 4h jeux de la poële, du baquet, mat de cocagne, course pédestre, course en tonneau
A 5h l’Union Musicale d’Athée, sous l’habile direction de son chef M. Th. Ouchet a fait entendre les plus beaux morceaux de son répertoire qui lui ont valu au concours de Niort, une médaille d’argent et une médaille de vermeil
A 8h 1/2 retraite aux flambeaux par les pompiers et l’Union Musicale, à 9h feu d’Artifice.
A 10h la jeunesse s’est rendue dans la salle de danse de M. ouchet où elle a dansé jusqu’à une heure fort avancée dans la nuit. Un seul incident à signaler pendant cette fête pleinement réussie.
La fanfare d’Athée (ne pas confondre avec l’Union) 11 exécutants, a fait pendant les jeux entendre les plus bruyants morceaux de son répertoire.
Pendant ce temps leur grosse caisse se fachait, faisant un vacarme indescriptible, se débattant, croyant faire peur à tout le monde, heureusement personne n’eut peur.
Cette fanfare, pendant la retraite, a voulu elle aussi s’essayer à faire une certaine retraite, mais sans réussite. Chaque exécutant tenait une bougie dans la main, en ayant l’air de ce moquer de ce jour de 14 juillet, jour qui a causé tant de peine à nos aieux, pour nous conquérir cette liberté qui nous est si chère aujourd’hui.
Allons belle Fanfare, ne vous occupez pas du 14 juillet, la St Henri ou le 15 Aout sont mieux votre affaire »
Oh la la !! quel pathos !!! ça vous fait bien mal n’est-ce pas belle fanfare ! Allons laissez crier ces malheureux c’est leur suprème consolation.
A la Toussaint, la Fanfare, sans s’inquiéter de ceux qui aboyaient autour d’elle, se remit à l’œuvre et suivit ses traditions et se rendit à l’église.
La Ste Cécile
La Ste Cécile se passa sans incident facheux et meme avec un entrain remarquable, et l’année se termina dans un calme parfait. Heureux jeunes gens que les discordes voisines ne dérangeaient pas, et qui ne connaissaient pas les remords de la jalousie et de la méchanceté.
Livre XIV
Fête de la Ruine
1896
Attaque nocturne
L’année 1896 eut comme particularité que la rage des voisins devint à l’état aigu au point que l’un de nos sociétaires, fut attaqué à l’improviste sur son chemin par des malotrus qui voulaient le frapper. Il faut avouer que l’Union Musicale avait de singuliers procédés d’harmonie. Pour faire marcher en mesure ces Messieurs, Honoré Fouassier leur victime écrivit une lettre au Parquet de Tours.
A part cet incident, les premières fêtes de l’année se passèrent avec leur entrain accoutumé et le même éclat que d’ordinaire les Processions eurent un peu plus de solennité et pour la première fois, sur la demande de M. l’abbé Mesnage la Fanfare consentit à préter son concours à la procession de l’Assomption.
Un drapeau au Château de la Chesnaye
Le 2e Dimanche de septembre, Madame Collinet, qui déja depuis un certain temps était souffrante avait fait venir auprès d’elle une religieuse du Bon Secours de Troyes. Sœur André Corsini, cherchant par tous les moyens à distraire sa malade, lui persuada de faire installer sur la tour en ruine, un immense drapeau national surmonté d’un pavillon aux couleurs du chateau.
A cette occasion M. le Curé fut chargé de l’organisation de la fête et du cortège, et invita la Fanfare d’Athée et l’Union Musicale, cette dernière avec une certaine réserve accepta cependant.
Madame Collinet avait invité la fanfare des Apprentis Tonnelé avec leur directeur M. l’abbé Hénault ancien curé d’Athée.
Les trois sociétés jouèrent à tour de role pendant le défilé, c’est à dire depuis le chalet jusqu’à la ruine passant devant le chateau. Le Drapeau et le pavillon étaient portés sur un brancard garni de verdure.
Pendant qu’on hissait le drapeau, la Fanfare jouait la Marseillaise, alors M. l’abbé Mesnage prononça un discours patriotique, l’une des musiques se fit à son tour entendre et chacun se retira, entrainé par les trois sociétés musicales qui firent retentir le parc longtemps encore de leurs accents harmonieux.
La Ste Cécile
Afin de célébrer plus dignement la Ste Cécile, nos musiciens avaient tendu la main à leurs soutiens habituels. M. l’abbé Hénault leur donna quarante francs, M. Moisant candidat au Conseil Général versa semblable somme. Aussi on festoya joyeusement et chacun se souvient encore de ces amusantes soirées.
Mort de M. Emile Collinet
Le 31 Décembre, M. Emile Collinet, fils ainé de Mme P. Collinet du Chateau de la Chesnaye, mourut à Athée. Il était membre honoraire de la Société et vu la générosité de la vénérée Chatelaine la Fanfare décida d’offrir une Couronne qui fut portée par les membres de la Société et tous les musiciens résolurent d’assister à la cérémonie funèbre.
Livre XV
1897
Fête des Sapeurs-Pompiers
Mort de Madame P. Collinet
Sépulture de M. E. Collinet
Le premier Janvier 1897, la Fanfare d’Athée ne sortit pas et l’Union Musicale l’invita dans sa réserve en signe de Deuil.
La famille Collinet fit inviter les deux sociétés musicales à la sépulture du regretté défunt, mais sans les instruments de musique. Les Sapeurs-Pompiers y furent invités également et s’y rendirent en grande tenue, ils étaient commandés par leur officier M. François Rateau.
Le cortège se mit en marche :
En tête les enfants des Écoles conduits par leur Instituteur et Institutrices, puis l’Union Musicale avec son drapeau voilé de deuil et portant une couronne de perles. Ensuite le drapeau des Pompiers escorté de deux Sapeurs et porté par M. Vincent; ensuite la Fanfare d’Athée groupée autour de son drapeau en deuil avec sa couronne funèbre et précédant immédiatement le clergé. Dans les rangs se trouvaient portées sur un brancard les nombreuses couronnes de la famille et des amis.
Enfin derrière un nombreux clergé, venait le cercueil porté par les fournisseurs du chateau et les Pompiers, entouré de torches que tenaient les fermiers de la famille et quatre torches d’incendie portées par des sapeurs, enfin la famille et l’innombrable assistance.
Après cette imposante cérémonie les Vignerons d’Athée revinrent comme d’ordinaire fêter la St Vincent aidés de nos chers musiciens.
Le nouveau drapeau
Puis une cérémonie moins triste que la précédente attendait nos jeunes artistes. Depuis longtemps déjà, Madame Collinet avait promis aux Pompiers, de leur offrir un nouveau drapeau pour remplacer l’ancien qui était presque une loque. La mort de M. Emile Collinet empêcha de le leur donner solennellement au 1er Janvier, mais pour ne pas retarder trop ce don tant désiré, on fixa au 28 mars la réunion publique où le drapeau serait remis à la Compagnie.
Ce fut un Dimanche à la suite des Vèpres, les deux sociétés musicales y furent invitées par les soins de M. l’abbé Mesnage.
La remise du drapeau eut lieu devant l’octogone, ce fut M. Henry Collinet, second fils de Madame P. Collinet qui présenta le drapeau à l’officier M. Rateau, lequel le remit à M. Vincent porte-étendard.
Les deux sociétés de musique, exécutèrent leurs plus beaux morceaux et tous les musiciens et pompiers trinquèrent ensemble à la prospérité du chateau et de la Compagnie de Pompiers.
Madame Collinet était alors tellement souffrante, qu’elle ne put voir que de loin cette charmante fête.
La fête de Pâques et l’Assemblée, furent pour la Fanfare, de nouvelles occasions de faire apprécier son talent et de se réjouir avec entrain.
La Fête-Dieu
La première Procession de la Fête Dieu, eut lieu cette année là une solennité toute particulière, de superbes oriflammes en soie avaient été préparés par les soins de Madame Collinet, La Fanfare, au grand complet, avait astiqué ses cuivres, et soufflait avec empressement. Au chateau ce fut un vrai concert pendant la station au reposoir.
Concert au Reposoir
Armand Ouchet, fils du Chef de l’Union-Musicale fut invité par M. le Curé, a exécuter sur le violon quelques jolis morceaux accompagnés par Madame la Vicomtesse de Toulgoët Tréana, laquelle chanta des motets religieux. Madame la baronne Liébert de Nitray et sa famille étaient là, Madame Collinet y assistait de sa fenêtre. Monsieur l’abbé Pinault vicaire à la Cathédrale, portait le St Sacrement, il était accompagné de Monsieur l’abbé Loisel chanoine missionnaire apostolique. La Fanfare joua remarquablement bien tant au chateau qu’à l’Eglise; et cette fête est une des plus belles qui se fut donnée jusque là à la Chesnaye.
Sépulture de Madame Pierre Collinet
Un nouveau deuil plus cruel que les autres, vint s’abattre à la fois sur le Chateau de la Chesnaye, sur la Fanfare, et sur le Pays tout entier. Madame Collinet mourut dans sa 82e année après avoir eu la satisfaction de faire, surtout à la fin de sa vie, des œuvres généreuses et charitables qui furent vivement appréciées de la population.
La cérémonie de la sépulture, eut le même caractère imposant que celle de Monsieur Collinet, on suivit le même ordre de cortège, et la Société offrit à sa Bienfaitrice une magnifique Couronne de fleurs naturelles.
Les regrets de la Fanfare pour Madame Collinet, se traduisirent par un redoublement de sympathies pour son digne fils Monsieur Henry Collinet, qui dès le jour de cette cruelle séparation annonça qu’en souvenir de sa mère, il continuerait son dévouement pour nos chers musiciens.
La Ste Cécile
La Seconde procession de la Fête-Dieu comme celle de l’Assomption se passèrent sans incidents avec le concours dévoué de la Fanfare. Nos jeunes gens reçurent encore de Monsieur Moisant 40 francs, et de Monsieur Hénault 20 francs qui les aidèrent à solenniser la Ste Cécile avec le cérémonial accoutumé.
Noël
Le jour de Noël, Monsieur Henry Collinet voulut bien recevoir les vœux de la Société pour la nouvelle année, on se rendit à la Chesnaye où pendant que la Fanfare exécutait les plus beaux morceaux de son répertoire, les petits enfants du pays, recevaient une distribution de sous et de bonbons à titre d’étrennes.
La messe en musique du jour de Noël fut particulièrement réussie et le soir un bal très animé réunissait chez Chotard tous les amis de la fanfare.