La Fanfare 1889-1

Livre VII
Une joyeuse et glorieuse année
1889
Un bal

        Grâce aux étrennes du 1er Janvier 1889 la Caisse se trouvait en possession de 35.,80!!! Allez donc dire que la Fanfare ne faisait pas ses affaires!!! Aussi, quand vint le mois de Février, on fixa au 16 un grand bal de Société pour le quel on fit imprimer des lettres d’invitation ainsi conçues :
        M.
        Vous êtes prié d’honorer de votre présence le Grand bal de Société offert par la Fanfare d’Athée, le samedi 16 Février 1889, a huit heures du soir, Salle Chotard Mommousseau.
        Une mise décente est de rigueur.
        Cette lettre servira de carte d’entrée.
Ce fut parait-il une soirée mémorable, par la gaité et l’animation qui ne cessèrent d’y régner.

Préparatifs

        L’Exposition Universelle de Paris avait tenté nos artistes, ils avaient économisé afin de pouvoir s’offrir un voyage dans la Capitale, et travaillaient avec ardeur à préparer des morceaux pour prendre part aux concours qui devaient avoir lieu au mois de Juillet.
        Sur ces entrefaites, la bannière de la fanfare, un peu maltraitée par le soleil, la pluie et aussi par ses nombreuses années d’existance, ne parut plus convenable pour se présenter aux Parisiens et leur exhiber les vieilles médailles des premiers triomphes. On essaya donc de réunir une somme assez forte, pour avoir non plus une bannière, mais un magnifique drapeau tricolore, où des broderies d’or représenteraient divers emblèmes musicaux et qui porterait cette mention : Fanfare d’Athée 1889.

Le Drapeau de la Fanfare

        M. l’abbé Hénault curé de la paroisse tant dévoué à la Fanfare, se chargea de recueillir les offrandes, la sienne ne fut pas la moindre.
        M. le baron Charles Liébert de Nitray offrit pour sa part cinquante francs; et huit jours avant le Concours de Paris, le drapeau surmonté d’une lyre dorée et d’un porte-médailles déja assez garni, fut solennellement béni par l’abbé Hénault à la suite de la messe du Dimanche, et cette cérémonie fut pour lui l’occasion de faire un émouvant discours patriotique qui releva encore la beauté de cette réunion.
        Mais avant de partir pour le voyage tant désiré, il fallut s’assurer des fonds disponibles et chacun des musiciens ayant sorti ses économies on ouvrit une souscription. Voici les noms de ceux qui s’inscrivirent pour trente francs, ce fut le plus grand nombre. M.M. Voland, Imbert, Aimé Legeard, Auguste Legeard, Gardeau, Boileau, Jules Hardion, Félix Hardion, Besnard, Fouassier, Martin, Chotard, Simoneau. Paul Hardion versa seulement 15., M. Etienne Marchand 50., M. l’abbé Hénault 70., Madame Collinet donna 200. ce qui fit un total de 725.
        La vie était assurée à Paris, on prit les dispositions dernières pour s’y rendre.

La jalousie

        Les Ennemis de la Fanfare, poussés par une jalousie qui ne désarmait pas malgré son peu de succès, écrivirent à Paris pour indisposer si c’était possible le Jury contre la Société, disant que plusieurs membres étrangers figuraient sur les rangs. On verra plus loin comment le Jury se moqua de ces démarches déloyales.

Départ pour Paris

        Enfin le grand jour du départ avait sonné. On arrive à Tours, et vers 9h du matin on s’en va répéter chez M. l’abbé Maugis au cercle Ste Marie rue des Ursulines. La joie et quelques bouteilles absorbées trop vivement, avaient détraqué la musique; et tout le monde s’accorda à dire que si le jour du Concours on ne jouait pas mieux, on rentrerait avec une belle veste. Heureusement que la longueur du trajet devait calmer un peu les cerveaux agités.
        Dans le train, la plus joyeuse animation règna jusqu’à Vouvray. Là, un des artistes comiques de la troupe, le sieur Jules Hardion, qui faisait une gymnastique héroïque d’un compartiment à un autre, laissa sans le savoir tomber sa casquette d’uniforme par la portière. S’en étant aperçu plus loin, il la réclama à la gare de Vernou, et si les autres riaient, lui ne s’amusait guère.

Entrée dans la Capitale

        Enfin, après mille et mille plaisanteries et chansons, on arrive à Paris. Un sieur Gerbier, originaire d’Athée, alors garçon de salle à paris, vint au devant de la Fanfare qu’il conduisit à un hotel restaurant, du quai de la Rapée. Il parait que comme nourriture c’était satisfaisant, mais pour le coucher, outre que les lits étaient un peu justes pour loger deux personnes, ils étaient envahis par des animaux tellement affamés, que plusieurs musiciens, notamment Besnard, se plaignirent d’avoir été dévorés, et de n’avoir pu dormir.

Le Concours

        Le lendemain de l’arrivée, entre 9h et 11h eut lieu le Concours, dans une école du quartier de Montrouge. Les prix furent distribués le jour suivant; et revenant du Concours, la Fanfare se rendit rue Pasquier, à l’hotel de Madame P. Collinet où était descendu M. l’abbé Hénault. La généreuse Chatelaine donna 20. aux musiciens comme remerciement et ce n’est qu’à une heure tardive qu’ils se séparèrent et s’égarèrent dans Paris en cherchant leur hotel.
        Durant les 6 journées que les musiciens passèrent dans la Capitale, il y eut de nombreux incidents que nous n’avons pas la prétention de les relater tous mais pourtant, il faut bien en raconter quelques uns.

L’ami Boileau!

        D’abord, pour le Concours, un certain Colache, employé chez l’Editeur Vimeux, était venu prêter son talent pour aider nos musiciens, prit la casquette de Boileau au quel il passa son chapeau. Comme le chapeau était trop grand, Boileau se vit obligé d’en remplir le vide avec son mouchoir qui dépassait sur le front, ce qui lui donnait un air des plus comiques.
        Puisque nous en sommes à Boileau, parlons un peu de ses exploits. Un jour, dans une promenade à travers les rues de Paris, notre homme qui déja lisait dans les grands livres, rencontra des Japonais et Japonaise, et s’avisa de leur demander des renseignements sur leur pays. Il fut absolument stupéfait de ne pouvoir se faire comprendre et s’en alla vexé de n’avoir rien entendu à leur conversation. Dans une autre rue, il fut bousculé par un passant, et tomba si malheureusement, qu’il s’abima le pouce. Julkes Hardion qui l’accompagnait, le conduisit chez un Pharmacien, lequel pansa la blessure. Quant il fallut verser les cinquante centimes réclamées pour le pansement, Boileau se récria que chez lui, il n’aurait rien demandé pour rendre un tel service. Alors le Pharmacien s’informa s’il était mèdecin ? Non dit Jules Hardion, il est seulement vétérinaire.
        Rentrant à l’Hotel, il ne trouvait plus sa chambre, un voisin complaisant lui indiqua la porte des cabinets d’aisances, et comme ce n’était pas très éclairé Boileau s’y introduisit cherchant vainement son lit.

Suite d’incidents

        Il ne fut pas le seul à qui cette plaisanterie fut faite, un autre, ne trouvant plus son domicile tenta d’ouvrir une porte voisine où les cris d’une demoiselle lui firent comprendre qu’il se trompait d’adresse.
        D’ailleurs, dans une ville comme paris, au milieu d’une animation comme celle de ces jours d’exposition, il n’est pas étonnant que quelques uns fussent désorientés.

Le Chef Voland

        Le Chef voland, accompagné du Père Etienne Marchand, s’étant introduits au bazar de l’Hotel de Ville, avec des camarades, Voland, lancé dans les emplettes, voulait tout acheter : lorgnons fumés, cigares-éventails; etc etc, tout faisait son bonheur; pendant ce temps, les autres étant sortis, il se trouva ainsi que son compère, égaré dans le magasin, et ne put que difficilement retrouver la troupe.
        Le même Voland, s’étant un jour attablé au restaurant de la Tour eiffel, s’ingurgita une omelette, deux livres et demi de pain et surtout un saucisson qui lui fit faire de singulières grimaces du haut de la Tour. Il ne put du reste aller jusqu’au sommet, ou seuls Imbert et Auguste Legeard réussirent à monter. Quant à Voland, il fut saisi la haut d’un mal qui ressemble considérablement au mal de mer, et les passants en eurent peut-être des preuves.
        Ce pauvre Voland fatigué par la marche prolongée avait les pieds tellement malades, qu’étant un jour invité à déjeuner chez M. Vimeux Editeur, il ne put s’empêcher de demander l’autorisation de se déchausser, et sans l’intervention de Paul Hardion qui le rappela aux convenances, les convives auraient été témoins de ce sans-façon regrettable.

Cirrrrculez!!!!!

        Revenant d’une réunion ou d’un défilé, la fanfare s’arréta un jour place de la République et s’avisa d’y donner un concert. On hissa Boileau sur le dos du lion du monument, et on lui mit en main le drapeau de la société, puis se groupant autour de lui, on attaqua la Marseillaise et le Chant du Départ. La foule grossit et entoure les musiciens, quand tout à coup survient un gardien de la paix, qui disloquant les rangs, dit à tout le monde : « Cirrrrculez! ».
        Le Chef et les musiciens avaient soif, on alla donc se rafraichir; mais le Chef qui demandait pour lui de petites bouteilles de vin blanc, n’arrivait pas à les boire seul, et se voyant obligé de se faire aider par les autres, qui du reste ne demandaient pas mieux.
        Sur ces entrefaites, une discussion s’éleva pour savoir si oui ou non on irait à l’Hippodrome Jules Hardion voyant qu’on avait adopté la négative, et ayant d’ailleurs d’autres sujets d’ennui, partit avant la Fanfare pour rentrer au Pays.

Le Retour

        Un souvenir pénible de ce mémorable Concours : Les vieilles cymbales furent félées et rentrèrent en fort mauvais état.
        Le retour ne fut pas aussi gai que le départ, les musiciens, fatigués, plus ou moins malades s’ennuyaient passablement dans le train. Pourtant en arrivant à st Martin le Beau, ils eurent encore le courage de jouer quelques morceaux chez Maillard, hotel de la boule d’Or; ce fut presque un malheur, car on les força de boire, et quand ils arrivèrent à Athée, malgré leur bonne volonté, l’exécution des morceaux sur la place de la Mairie ne fut pas des mieux réussies.
        Le Chef lui-même qui s’était retiré pour se reposer chez Chotard, au lieu de félicitations se vit apostropher par Madame son épouse.

Visite aux Chateaux

        Le Dimanche suivant, la Fanfare, fière de ses succès, portant à son drapeau une médaille de vermeille, une médaille d’argent et une autre médaille commémorative en bronze, se rendit au chateau de la Chesnaye et à celui de Nitray pour saluer les généreux propriétaires et leur prouver la reconnaissance de la société.

Concours de Langeais
Fin des cymballes

        Au mois d’Août de la même année, la Fanfare d’Athée se décida à concourir à Langeais à l’occasion d’une fête organisée par la municipalité de cette ville. Paul Hardion n’ayant pas voulu s’y rendre on le remplaça par un nommé Besnier de Tours et on s’adjoignit également un sieur Lévèque qui déja était venu au concours de Paris. C’est aussi à cette époque que Joseph Loiseau entra dans la société.        La Fanfare n’avait pour concourir que douze exécutants, et se trouva en lutte avec la société musicale de St Nicolas de Bourgueil qui comptait 35 musiciens. Malgré cette inégalité, la Fanfare d’Athée revint avec un 1er prix à vue, médaille de vermeil, un 2e prix d’exécution, médaille de vermeil. Enfin comme dernier épisode du Concours, les malheureuses cymbales furent définitivement brisées, il fallut en faire son deuil.

Fondation des membres honoraires

        Quelques jours après le concours de Langeais, les musiciens eurent l’heureuse idée de chercher à créer un groupe de membres honoraires qui encourageraient les efforts des membres actifs, par leur présence et par les secours que pourraient procurer leurs cotisations.
        Une circulaire fut distribuée à cet effet dans la commune, en voici la copie :
               M.
               Les membres titulaires de la Fanfare d’Athée seraint heureux de pouvoir vous compter au nombre des membres honoraires de leur société.
        Si vous vouliez bien accepter ce titre, ce qui serait pour eux un puissant encouragement, ils vous prient d’assister à l’une des réunions qui auront lieu chez M. Chotard-Mommousseau, les Dimanche 1er et 15 Septembre 1889 à 5 heures du soir.
        Dans l’espoir que vous accueillerez favorablement cette invitation, ils vous prient d’agréer d’avance leurs sentiments de gratitude.
                              Pour les membres titulaires
                Le Chef de Fanfare                                                        Le secrétaire
                              Voland                                                                    Legeard

Liste des membres honoraires

        Cet appel fut entendu et nous retrouvons la liste de ceux qui se firent inscrire dès cette première année comme membres honoraires.
        C’étaient M.M. le Baron Charles Liébert de Nitray, Emile Collinet == Henry Collinet == Wallet Collinet == Renard (Notaire) == Caraty-Petit == Landré-Berthelot == Bichet-Bertrand == Imbert-Bichet == Besnard-Vaugondy == Nocereau-Mommousseau == Chotard-Mommousseau == Legeard-Germain == Legeard Henri == Boileau-Moreau == Poitevin-Serrault == Martin-Rocher == Marchand-Dubreuil == Vernon-Delétang == Métais-Foassier == Voland-Percereau == Commençais-Molineau == Girardet-Luthier == Saulquin-Beauchène == Vernon Félix == Clavier-Hardion == Delétang-Charles == Hardion Auguste == Veaugeois-Gillet == Hénault (curé) == Marchand-Avenet == Poitevin-Aimé == Poitevin Léon == Fouassier-Chollet == Barrault-Gerbier == Besnard-Gaucher == Chauveau-Boucheron == Avenet-Hubert == Marnay-Piard == David Adolphe == Mommousseau-Poitevin == Gerbier Julien == Fouassier-Pasquier == Avenet-Hardion == Molineau-Canard == Rateau Léon == Champeaux Jules == Bardet Armand == Gerbier-Fouassier == Gerbier-Bondonneau == Tranchant (couvreur à Tours) == Gallicher-Boileau == Marchand Jean == Avenet-Volant == Molineau-Pillault == Thibault-Belouin == Ross Victor == Mitray == Pasquier-Thurmeau == Longuet père == Hardion Maximin == Thiélou-Hardion == Servais-Lunais == Serrault (charcutier à Azay) == Bernard Constant == Touzay (buraliste) == Foussier-Herbault == En tout soixante et onze membres honoraires dont les cotisations variaient de 1. à 5.

Commission administrative

        Le 13 Octobre 1889 Une séance de la Société réunit la Commission administrative chez Chotard. On y décida : 1) que le diner de la Ste Cécile serait servi par souscription de 2. à 2.25 par tête == 2) Qu’un nouveau règlement serait adopté et imprimé par les soins de M. Lebouvier-Poisson à Tours, à raison de 35. le cent ou 55. les 200 == 3) Qu’il serait délivré à chaque membre un carnet de règlement, moyennant 0.,35 par tête, en plus des cotisations == 4) Que le jour de Ste Cécile, la Société offrirait une brioche de pain béni, aux autorités, ainsi qu’à M.M. Liébert et Collinet == 5) Qu’une autre brioche plus petite serait offerte à chaque membre honoraire == 6) Qu’on distribuerait des insignes à chacun des sociétaires.

1ère réunion générale

        Enfin le jour de la Toussaint eut lieu la première réunion générale de tous les membres titulaires ou honoraires; elle fut provoquée par une nouvelle circulaire ainsi conçue :
               M.
            Vous êtes priés d’assister à la réunion générale qui aura lieu le 1er Novembre 1889 à une heure de l’après-midi, dans une des salles de M. Chotard-Mommousseau

                              Le Président d’honneur
                                      Baron Liébert

                       Le Président,                                                      Le Trésorier
                       E. Legeard                                                           Saulquin B.

       Dans cette réunion on donna lecture du règlement ci après qui fut définitivement adopté. Ayant sous les yeux le livret dont il est ici question nous le donnons en entier avec son titre et toutes ses dispositions.